Julian Breuil, Guide de Haute Montagne

Alpinisme hivernal au Ben Nevis et Cairngorms

Amateurs de Whisky, chasseurs de monstre du Loch Ness, passionnés de Wilderness et/ou alpinistes masochistes… l’Ecosse sera à la hauteur de ses réputations, si vous osez vous y aventurer. Un groupe du CAF Grenoble-Isère a franchi le pas fin janvier 2018 pour un stage d’alpinisme hivernal au Ben Nevis et dans le massif des Cairngorms.

Le trajet Grenoble-Edimbourg est vite avalé, trop vite. Sans transition nous quittons les Alpes ensoleillées pour des routes sinueuses, étroites et inondées qui nous mèneront d’Edimbourg à Fort Williams. Arrivé en début de soirée dans une auberge de jeunesse, le groupe se répartit les dernières taches logistiques pour partir dès le lendemain vers le CIC HUT.  Ce refuge est situé au pied de la face Ouest du Ben Nevis, point culminant d’Ecosse avec l’altitude ridicule de 1344m. L’altitude est ridicule pourtant ce sommet est le lieu d’entrainement privilégié de générations d’alpinistes britanniques.

Le refuge n’est pas gardé mais chauffé et sa gestion par le club alpin local demande une grande anticipation pour espérer y séjourner. Les places sont chères. En effet, il permet de réduire la marche d’approche à 1h pour la plupart des voies d’escalade mixtes situées sur cette face ouest au lieu de 3h depuis la vallée. Nous y restons 3 nuits et chaque soir c’est avec le même plaisir que nous retrouvons enfin « le sec ». Jour 1 : douche chaude pendant la marche depuis la vallée, il pleut jusqu’au sommet du Ben Nevis. Jour 2 : il a neigé pendant la nuit, départ matinal vers Number Three Gully pour une sortie sur le plateau sommital du Ben Nevis dans le Grésil, 70 km/h de vent, douche froide. Jour 3, pluie au refuge, grosse neige au dessus, nous nous réfugions dans un secteur peu exposé aux avalanches et plus bas en altitude, Douglas Boulder que nous gravirons par West Gap Gully avec différentes variantes de sortie. Jour 4 : craquage mental, il pleut des cordes et le vent fait trembler le refuge, nous fuyons vers la vallée comme de faibles frenchies ayant subis la douche écossaise.

Les troupes se resaisissent et prennent de nuit la route vers le massif des Cairngorms. Ce massif est situé plus à l’intérieur des terres et est donc moins soumis aux perturbations atlantiques. Il offre des voies  de toutes difficultés plus courtes que celles du Ben Nevis. Le Coire an Sneatcha (prononcez comme vous pouvez !) est accessible en 1h30 de marche depuis la station d’Aviemore. Plein d’enthousiasme à la voiture, nous revoyons les ambitions à la baisse au pied de la face tant le vent est violent. Finalement nous optons pour des couloirs ou goulottes faciles de manière à grimper rapidement pour ne pas congeler sur place. La descente se fera à quatre pattes pour résister aux rafales.

L’avant dernier jour nous tentons une incursion dans la Glen Valley proche de Glencoe. De nombreux itinéraires repérés dans les topos la veille  (notamment sur le Stob Coire nan Lochan ) resteront des projets.  La météo nous a repoussé plus bas sur une falaise de bord de mer pour une demi-journée de dry-tooling, les pieds dans la tourbe à l’assurage, les crampons dans la mousse pour le grimpeur. Qu’importe la météo et l’activité, le groupe est volontaire et l’idée d’une visite de la distillerie de Fort Williams prend aussi.

Miracle pour le dernier jour, la météo annonce une nuit froide, une visibilité parfaite sur les sommets et un vent raisonnable. Nous revenons au Ben Nevis pour une longue et belle journée d’alpinisme. Une partie du groupe rendra une visite à  Tower Ridge. Rémi, Rodolphe et moi déneigerons Castle Ridge. Le moindre bout de cailloux est plâtré de neige ou de givre. L’escalade mixte écossaise devient escalade plaisir, un plaisir à savourer instantanément !